Dans la course à l’investiture démocrate, Barack Obama semble aujourd’hui faire la quasi-unanimité au sein de l’électorat afro-américain, soutien traditionnel du parti de l ‘éléphant. Et pourtant, cela n’est pas toujours évident. A croire qu’il ne suffit pas d’être noir ou métis pour s’attirer les faveurs d’un électorat qui vous semble acquis dès lors qu’on use de raccourcis.
Jusqu’à peu, Barack Obama s’était toujours refusé à se présenter comme la figure de proue de la communauté afro-américaine. Se voulant rassembleur de tous par delà les clivages, et notamment raciaux, Obama s’était délibérément écarté des ornières dans lesquelles le poussaient d’influents personnages de la communauté comme les révérends Al Sharpton ou Jesse Jackson, eux-mêmes anciens candidats à l’investiture démocrate.
Rien d'évident
Obama a aussi ses détracteurs chez les Noirs. Pour certains, ce fils d’un kenyan et d’une américaine originaire du Kansas, élevé à Hawaii et en Indonésie, n’a rien d’un enfant de la lutte pour les droits civiques et de facto ne partagerait pas l’histoire même des afro-américains. Un élément rappelé régulièrement par Hillary Clinton. Justement, Hillary Clinton, dont le mari fût présenté au cours de se deux mandats comme le « Premier Président Noir » des Etats-Unis par la prix Nobel de littérature afro-américaine Toni Morrison, tente de se présenter comme le premier défenseur de l’électorat noir. Mettant en avant ses activités en faveur des droits civiques à la fin des années 60 alors qu’elle était étudiante, Clinton s’attache surtout à faire sienne l’aura dont bénéficie encore son mari au sein de la communauté. L’électorat noir est partagé entre deux tendances : d’un côté les partisans d’Obama qui voit en ce dernier la perspective réelle et historique d’avoir enfin un Président noir, de l’autre les partisans de Clinton, nostalgiques des deux mandats de Bill dont l’héritage donnerait légitimité à Hillary. Les différences persistent au sein de l’électorat mais le rapport de force évolue.
Un mouvement inexorable ?
Aujourd’hui, la tendance n’est plus à l’équilibre et le balancier penche clairement en faveur d’un Obama qui a compris les gains qu’il pouvait retirer d’un rapprochement vis à vis de l’électorat noir. Il sait que l’image d’un premier président noir participe à l’allégorie du changement en politique dont il se veut le tenant. Depuis le début des primaires, Obama s’est attiré près de 80% des voix de l’électorat noir démocrate, à remporté les élections dans des Etats où la population afro-américaine est importante comme dans le Maryland, la Caroline du Sud ou l’Alabama. De plus, Obama bénéficie aujourd’hui du soutien de personnalités noires influentes comme la présentatrice Oprah Winfrey ou encore de John Lewis représentant de Georgie, symbole du mouvement pour les droits civiques et surtout ancien soutien officiel d’Hillary Clinton ! Lewis s’est conformé à la décision de ses électeurs qui ont massivement voté pour Obama, signifiant « qu’il voulait être du côté du peuple », et ajoutant que la candidature d’Obama « représentait un nouveau mouvement dans l’histoire politique américaine ». Et Lewis, membre du Congressional Black Caucus, ne pourrait qu’être qu’une défection parmi d’autres pour le camp Clinton tant les figures politiques Noires craignent de ne pas suivre la voie tracée par leurs électeurs. Ainsi à Cleveland, Ohio où les élections sont prévues pour demain, pas moins de deux nouveaux conseillers municipaux afro-américains ont changé de camp comme l’indique le New York Times.
Raphaël Malkin
»Posté le 04/03/2008 à 21h05 par Osezledire
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